ICC may exercise jurisdiction over the alleged deportation of the Rohingya people from Myanmar to Bangladesh

 Today, 6 September 2018, Pre-Trial Chamber I (the “Chamber”) of the International Criminal Court (“ICC” or the “Court”), composed of Judge Péter Kovács, Judge Marc Perrin de Brichambaut and Judge Reine Adélaïde Sophie Alapini-Gansou, decided by majority that the Court may exercise jurisdiction over the alleged deportation of the Rohingya people from Myanmar to Bangladesh.

This ruling was delivered following a request submitted by the Prosecutor pursuant to article 19(3) of the Statute, who argued that, although the coercive acts underlying the alleged deportation of members of the Rohingya people occurred on the territory of Myanmar (which is a State not party to the Statute), the Court may nonetheless exercise its jurisdiction, since an element of this crime (the crossing of a border) occurred on the territory of Bangladesh (which is a State party to the Statute).

The Chamber found that it has the power to entertain the Prosecutor’s request under article 119(1) of the ICC Rome Statute (the “Statute”), as well as pursuant to the principle of la compétence de la compétence or Kompetenz‑Kompetenz – a well-established principle of international law according to which any international tribunal has the power to determine the extent of its own jurisdiction.

Furthermore, in light of the fact that Myanmar is not a party to the Statute, the Chamber noted that, while the Court has objective international legal personality, its jurisdiction must still be determined in accordance with the confines of the Statute.

In relation to the central question contained in the Prosecutor’s request, the Chamber decided, first, that article 7(1)(d) of the Statute contains two separate crimes (namely forcible transfer and deportation) and, second, that the Court may exercise its jurisdiction if either an element of a crime mentioned in article 5 of the Statute or part of such a crime is committed on the territory of a State that is party to the Statute under article 12(2)(a) of the Statute.

The Chamber ruled on this basis that the Court has jurisdiction over the crime against humanity of deportation allegedly committed against members of the Rohingya people. The reason is that an element of this crime (the crossing of a border) took place on the territory of a State party to the Statute (Bangladesh). The Chamber further found that the Court may also exercise its jurisdiction with regard to any other crime set out in article 5 of the Statute, such as the crimes against humanity of persecution and/or other inhumane acts.

The Prosecutor must take the legally binding ruling of the Chamber into account as she continues with her preliminary examination concerning the crimes allegedly committed against the Rohingya people. In this respect, the Chamber determined that such a preliminary examination must be concluded within a reasonable time.

Judge Perrin de Brichambaut appended a partially dissenting opinion to the decision solely based on procedural grounds. Judge Perrin de Brichambaut is of the view that articles 19(3) and 119(1) of the Statute are inapplicable and that the principle of la compétence de la compétence cannot serve as an alternative basis for the Chamber to provide a ruling. According to Judge Perrin de Brichambaut, rendering the ruling requested by the Prosecutor would amount to an advisory opinion, which the Court is not allowed to do. For these reasons, Judge Perrin de Brichambaut believes that the Court cannot rule on its jurisdiction in relation to the alleged deportation of members of the Rohingya people from Myanmar to Bangladesh at this stage, but that it remains open to the Prosecutor to present a request for authorisation of an investigation to a Pre-Trial Chamber under article 15 of the Statute.

Decision on the “Prosecution’s Request for a Ruling on Jurisdiction under Article 19(3) of the Statute” & PARTIALLY DISSENTING OPINION OF JUDGE MARC PERRIN DE BRICHAMBAUT

For further information, please contact Fadi El Abdallah, Spokesperson and Head of Public Affairs Unit, International Criminal Court, by telephone at: +31 (0)70 515-9152 or +31 (0)6 46448938 or by e-mail at: fadi.el-abdallah@icc-cpi.int

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Communiqué de presse : 06.09.2018

La Chambre préliminaire I de la CPI décide que la Cour peut exercer sa compétence à l’égard de la déportation alléguée du peuple rohingya du Myanmar au Bangladesh

Aujourd’hui, le 6 septembre 2018, la Chambre préliminaire I (« la Chambre ») de la Cour pénale internationale (« la CPI » ou « la Cour »), composée du juge Péter Kovács, du juge Marc Perrin de Brichambaut et de la juge Reine Adélaïde Sophie Alapini-Gansou, a décidé, à la majorité, que la Cour pouvait exercer sa compétence à l’égard de la déportation alléguée du peuple rohingya du Myanmar au Bangladesh.

Cette décision a été rendue à la suite d’une requête présentée en vertu de l’article 19‑3 du Statut, dans laquelle le Procureur avait soutenu que, si les moyens coercitifs sous‑tendant la déportation alléguée du peuple rohingya avaient été mis en œuvre sur le territoire du Myanmar (État qui n’est pas partie au Statut), la Cour pouvait néanmoins exercer sa compétence puisqu’un élément de ce crime (le passage d’une frontière) avait eu lieu sur le territoire du Bangladesh (État qui est partie au Statut).

La Chambre a conclu qu’elle avait le pouvoir de connaître de la requête présentée par le Procureur, conformément à l’article 119‑1 du Statut de Rome de la CPI (« le Statut ») et au principe de la « compétence de la compétence » (Kompetenz‑Kompetenz) – un principe bien établi en droit international selon lequel toute juridiction internationale a le pouvoir de déterminer elle‑même l’étendue de sa compétence.

De plus, le Myanmar n’étant pas partie au Statut, la Chambre a relevé que si la Cour était dotée objectivement d’une personnalité juridique internationale, sa compétence devait néanmoins être déterminée dans les limites fixées par le Statut.

S’agissant de la question centrale figurant dans la requête du Procureur, la Chambre a conclu, d’une part, que l’article 7‑1‑d du Statut énonçait deux crimes distincts (à savoir le transfert forcé et la déportation) et, d’autre part, que la Cour pouvait, conformément à l’article 12‑2‑a du Statut, exercer sa compétence si l’un des éléments d’un crime visé à l’article 5 du Statut ou si une partie d’un tel crime étaient commis sur le territoire d’un État partie au Statut.

La Chambre a décidé sur ce fondement que la Cour était compétente pour connaître du crime contre l’humanité que constitue la déportation et qui aurait été commis contre des personnes appartenant au peuple rohingya. La raison en est qu’un élément de ce crime (le passage d’une frontière) a eu lieu sur le territoire d’un État partie au Statut (le Bangladesh). La Chambre a en outre conclu que la Cour pouvait exercer sa compétence à l’égard de tout autre crime visé à l’article 5 du Statut, tels que les crimes contre l’humanité que constituent la persécution et/ou d’autres actes inhumains.

 

Le Procureur est désormais légalement tenu de prendre en considération la décision de la Chambre dans le cadre de son examen préliminaire concernant les crimes qui auraient été commis à l’encontre du peuple rohingya. À cet égard, la Chambre a déclaré que cet examen préliminaire devait être achevé dans un délai raisonnable.

Le juge Perrin de Brichambaut a joint à la décision une opinion partiellement dissidente portant uniquement sur des questions de procédure. Il estime que les articles 19‑3 et 119‑1 du Statut sont inapplicables et que le principe de « la compétence de la compétence » ne saurait pas non plus servir de fondement à la décision rendue par la Chambre. Selon lui, rendre la décision sollicitée par le Procureur reviendrait à émettre un avis consultatif, ce que la Cour n’est pas habilitée à faire. Pour ces raisons, le juge Perrin de Brichambaut estime que la Cour ne peut, à ce stade, se prononcer sur sa compétence à l’égard de la déportation alléguée du peuple rohingya du Myanmar au Bangladesh, mais qu’il reste loisible au Procureur de présenter à la Chambre préliminaire une demande d’autorisation d’ouvrir une enquête en vertu de l’article 15 du Statut.

Decision on the “Prosecution’s Request for a Ruling on Jurisdiction under Article 19(3) of the Statute” & PARTIALLY DISSENTING OPINION OF JUDGE MARC PERRIN DE BRICHAMBAUT

Pour toute information complémentaire, veuillez contacter Fadi El Abdallah, porte‑parole et chef de l’Unité des affaires publiques, Cour pénale internationale, au +31 (0)70 515-9152 ou au +31 (0)6 46448938, ou à l’adresse fadi.el-abdallah@icc-cpi.int.

 

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